24.12.07

INCOMPÉTENTE, LA VILLE ROMPT LA PAIX SOCIALE

Article trouvé dans La Marseillaise du 21 décembre...

La Plaine. La rue Copello a été transformée en impasse pour relier deux écoles. Faute de concertation, la municipalité monte les habitants d’un quartier les uns contre les autres.
« Ce n’est pas contre les enfants, ils passent avant tout ! Mais ce n’est pas des manières ! » Mme Filippo habite rue Copello depuis 1976. Cette petite voie relie les rues Ferrari et Benoît-Malon, derrière la Plaine. De part et d’autre, deux écoles maternelles, Copello et des Claristes. Le 28 novembre dernier, deux grilles ont été installées dans la journée, coupant l’accès et transformant la rue en impasse. Un panneau indique que cela fait suite à la demande des parents pour la sécurité des enfants et mentionne un commissaire enquêteur.
« Les enfants ne cessent de passer de l’école principale à l’annexe et doivent traverser régulièrement la rue. C’était réellement dangereux, entre les voitures et les scooters, un agent de l’école ayant même été renversé. Sans oublier les poubelles et les crottes de chien… », confirme une maman. Qui oserait aller contre ce principe ? « Nous ne sommes pas des bourreaux d’enfants. De plus, les travaux sont faits et je ne pense pas que l’on revienne en arrière. Mais il me semble important de dire notre opposition à la méthode employée. » Bernard Koury habite la rue depuis 20 ans et a improvisé un collectif pour dialoguer avec la mairie quand il a appris ce projet en août dernier.Le problème de méthode, c’est l’absence de concertation. « Ensemble nous aurions pu, par exemple, évoquer la construction d’une passerelle et réfléchir ensemble à l’avenir pour que cette rue transformée en impasse ne devienne pas un lieu de trafic, une zone de before ou d’after pour les noctambules de la Plaine… », plaide Bernard Koury qui précise n’avoir jamais vu de commissaire enquêteur : « Nous avons juste été reçus par la mairie pour comprendre... que tout était bouclé. »Dans cette rue paisible, Mme Maurel-Porrez est effectivement bouleversée. « J’habite ici depuis 1964. Quand je sors, je tourne toujours à droite. C’est là-bas que je fais mes courses, je vais voir mes amis ou je vais au club pour les vieux. Là… » Là, Mme Maurel-Porrez doit faire le tour par la rue des Claristes. A un certain âge, cela compte. Et au-delà de la fatigue que cela provoque, ces habitants se sentent niés dans leur histoire.Outre ce problème de « méthode municipale », cela pose aussi la question de la politique de la ville en matière d’écoles maternelles. Ne créant plus de nouvelles structures dans un centre ville où les familles sont de plus en plus nombreuses, on en est réduit à pousser les murs, augmenter les effectifs des classes, refuser les inscriptions… Et transformer les rues en cour d’école. Du coup, l’école de musique longtemps accueillie à l’annexe Copello… disparaît pour scolariser 90 enfants, ce qui donne 240 gamins sur les deux sites.Cerise sur le gâteau, cette politique municipale provoque une guerre intestine dans le quartier. Faute de « médiateur », habitants et parents d’élèves s’opposent par journal de quartier interposé. Les premiers s’en prennent aux seconds les qualifiant de « néo arrivants », de « Bo-Bos qui s’imposent ». Les seconds se défendent, rappelant que « non seulement Marseille s’est toujours construite avec de l’immigration, qu’elle vienne du Maghreb, des Alpes ou de Paris » et soulignent qu’une connaissance fine des enfants de l’école montre davantage de familles populaires que bourgeoises et bohèmes.Comme quoi, une bonne concertation, cela permet la paix sociale ! Et cela, la mairie ne l’a… pas compris.

ANGÉLIQUE SCHALLER

22.12.07

La décentralisation culturelle reste-t-elle encore à faire ?

trouvé sur LOCALTIS.INFO

La Cour des comptes a publié son rapport public thématique sur "Les grands chantiers culturels". Un titre incomplet dans la mesure où le document se limite aux seuls chantiers de l'Etat. Ainsi que l'a sobrement exprimé Philippe Séguin dans son discours de présentation, "le bilan que dresse la Cour est critique". Sur la trentaine d'opérations achevées - parmi les soixante étudiées par le rapport, représentant un investissement total de 2,27 milliards d'euros -, la Cour constate en effet "des écarts de coûts supérieurs à 30% en moyenne et un dépassement systématique des délais prévus". Les dérives budgétaires constatées vont ainsi de -4% (restauration du Conservatoire national des arts et métiers) à +80% pour la restauration de la galerie d'Apollon au Louvre, +83% pour les espaces d'accueil du musée d'Orsay et +121% pour le bâtiment du Centre national de la danse de Pantin. En termes de délais, les dépassements du calendrier prévisionnel vont jusqu'à 38 mois pour la salle des Etats du Louvre, 39 mois pour le musée de l'Orangerie et 45 mois pour la Cinémathèque. Outre la complexité intrinsèque de ces opérations, ces dépassements et retards s'expliquent, selon la Cour, par le fait que "trop d'opérations sont lancées sur la base d'hypothèses fragiles et d'estimations financières sommaires".Si les investigations de la Cour se sont cantonnées aux grands chantiers culturels de l'Etat, le constat n'en a pas moins un impact très direct sur les collectivités territoriales. La quasi-totalité des trente opérations étudiées concerne en effet des chantiers franciliens, pour ne pas dire parisiens. Seule exception : le bâtiment du département des recherches subaquatiques et sous-marines à Marseille, dont l'impact budgétaire est au demeurant très limité (4,9 millions d'euros de coût final). Devant cette fracture culturelle, qui rappelle les débats des années soixante sur Paris et le désert français, la Cour constate qu'"au cours de la dernière décennie, la très grande majorité des nouveaux équipements culturels de l'Etat ont été installés en Ile-de-France, cette dernière ayant de surcroît accueilli les plus importantes opérations de restauration de monuments historiques. En regard, les opérations programmées en province par l'Etat apparaissent de moindre importance, et correspondent essentiellement à la reconstruction de plusieurs écoles d'architecture. Le seul projet d'équipement neuf et de grande ampleur, le musée des Civilisations et de la Méditerranée à Marseille, est aujourd'hui suspendu". Pour la Cour des comptes, "la nécessité de financer les écarts de coût des grands chantiers s'est faite au détriment des autres types d'investissements, et notamment des opérations de restauration du patrimoine historique en région". La question du "sacrifice" des régions aux besoins culturels de la région capitale - posée également il y a quelques semaines par les directeurs de salles lyriques de province - est donc plus que jamais d'actualité, rapport de la Cour des comptes à l'appui. Elle pourrait bien revenir au premier plan au cours de l'année 2008.
A front renversé
Curieusement, la question de la décentralisation culturelle trouve un écho, à front renversé, dans les mesures arrêtées par le premier Conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP), tenu le 12 décembre sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le relevé de conclusions concernant le secteur de la culture prévoit en effet que certains musées et monuments nationaux pourront être confiés aux collectivités territoriales, "pour leur permettre de mieux s'insérer dans le tissu touristique et culturel local". Le CMPP a toutefois pris soin de préciser que ce transfert de propriété ou de gestion "se fera sur la base du volontariat, par convention entre l'Etat et les collectivités territoriales qui souhaiteront développer l'activité de ces musées et monuments". Le message est néanmoins très clair : si l'Etat ne renoncera pas à investir dans les grands équipements culturels de Paris et de l'Ile-de-France, il pourrait bien relancer dès 2008 le mouvement de transfert de son patrimoine en région.

Jean-Noël Escudié / PCA

11.12.07

Allez plus haut...

Aujourd'hui à 17h30, Euroméditerranée présente officiellement le projet SAS SUEDE... peut-être Jean Nouvel sera-t'il présent ???
Rdv à la Maison d'Euroméditerranée, bd des Dames.


10.12.07

Non, non j'ai pas honte !

Ce qui est bien à Marseille, c'est que les architectes n'ont pas honte de ce qu'ils font... pire ils participent à des conférences pour présenter leurs merdes... Le dernier en date qui a programmé une petite sauterie, c'est Didier Rogeon qui présentera jeudi 13 décembre son monstrueux hôtel qu'il a osé construire entre la mer et le château Borély (ça se passe au Forum Point P, lieu à la programmation décidément très éclectique...).
Si seulement le Maire pouvait avoir des copains architectes qui sont bons...

9.12.07

La gare Saint-Charles est finie...

Trouvé dans le Monde du 8.12.2007 par Michel Samson

Inaugurée lundi 10 décembre, après quelques années de retard et quelques copieux surcoûts, la nouvelle gare Saint-Charles va redessiner entièrement le quartier qu'elle occupe depuis le milieu du XIXe siècle. Esthétiquement d'abord : l'immense colonnade blanche qui soutient de l'extérieur la halle de l'architecte Jean-Marie Duthilleul apporte une nouvelle lumière à l'antique fond de gare à verrière.

L'intérieur respire mieux et, de l'extérieur, ces hautes colonnes relèvent le regard vers le ciel. L'agrandissement permet d'abord d'ajouter des fonctions au traditionnel accueil des trains : la gare routière est désormais attachée à la gare ferroviaire, et les accès au métro deviennent plus aisés. Mais les enjeux sont plus larges y compris pour la SNCF. Frédéric Bayon, le jeune chef du nouvel ensemble, explique que "le concept historique de gare est dépassé : la gare Saint-Charles doit, bien sûr, rester centre de transport, mais elle doit devenir centre de vie".
Sa galerie est donc équipée pour mieux accueillir les 25 000 voyageurs par jour - 50 000 en période de pointe -, mais elle a vocation à recevoir des gens qui ne viennent pas forcément prendre le train. "On pourra venir y boire un verre, manger dans différents restaurants, acheter un DVD ou des habits dans un des vingt-cinq kiosques", poursuit M. Bayon.
DES MILLIERS D'ÉTUDIANTS
La transformation de la gare Saint-Charles, posée sur une butte qui domine toute la ville, doit aussi lui permettre de se lier à un quartier en pleine transformation. Une poste et une pharmacie aideront à tisser un premier lien avec les gens qui vivent alentour. La couture devrait être plus solide avec la faculté Saint-Charles : la nouvelle halle qui abrite la gare routière et les commerces descend jusqu'à son entrée. Les milliers d'étudiants qui fréquentent l'établissement, comme ceux qui partent en car vers Aix, devraient s'approprier cet espace.
L'insertion de l'ensemble dans le quartier est du ressort de l'établissement public Euroméditerranée, maître d'oeuvre de la titanesque rénovation du secteur. François Jalinot, son directeur, explique que le réaménagement urbain et paysager des abords de la gare, dont la première étape est terminée, coûtera 6 millions d'euros : il a fallu repenser les accès pour les rendre praticables aux voitures et aux piétons, ce que l'étroitesse du haut de la colline Saint-Charles rendait difficile.
Ces abords ont donc été repris en tentant d'apaiser la circulation automobile, et en favorisant ce que M. Jalinot appelle "des modes de transports doux : c'est-à-dire des trottoirs élargis, des pistes cyclables et une protection des piétons par des arbres". La création d'une place et d'un parvis de gare, comme l'installation d'un éclairage adapté, devraient permettre la fréquentation tranquille, diurne et nocturne, d'une gare où les problèmes d'insécurité urbaine sont peu à peu maîtrisés.
Euroméditerranée inscrit cette rénovation dans un projet beaucoup plus large : tout l'espace autour de la gare et de la place d'Aix est en voie de réhabilitation. "Il s'agit, là aussi, d'apaiser l'entrée de ville", poursuit M. Jalinot. Une partie de cette rénovation est en cours, celle qui occupe le terrain descendant de la gare vers la place d'Aix. Sont en train de s'y installer des hôtels de différentes catégories, des résidences étudiantes ou un bâtiment universitaire consacré aux nouvelles technologies de l'information. Sur les cinquante ménages qui vivaient dans cette zone en état de grave délabrement, un tiers a été relogé dans le parc social, le reste s'est installé dans des résidences privées.
L'ASPECT D'UNE PROMENADE
Dans les cinq ans qui viennent, c'est la descente de la butte Saint-Charles vers le nord qui va subir les plus gros changements. Il s'agit d'abord de couper l'autoroute qui, actuellement, débouche sans amortissement au coeur de la cité. L'idée est de transformer son dernier tronçon en un boulevard qui ait l'aspect d'une promenade plus que d'une rocade bruyante. Et de faire de ses franchissements actuels, comme des délaissés qui les bordent, des artères en pente douce. Bref de "transformer l'ensemble en un nouveau quartier urbain", pour M. Jalinot.
Les commerces annoncés et les logements neufs promis, qu'ils relèvent du domaine social ou du privé, côtoieront alors de vieux immeubles marseillais, dont les façades méritent une sérieuse réfection, mais qui restent solides. Le plus difficile à imaginer reste le devenir des populations qui vivent et travaillent dans ces espaces, précisément parce qu'ils sont dégradés.
Michel Samson

7.12.07

Marseille frappée par la laideur municipale

Par Jacques Gaillard, écrivain.
Promenade désenchantée dans la troisième ville de France. Ou comment faire du laid avec du très beau. Marianne, 27 septembre 2007

Aux fidèles lecteurs de “Marseille, un autre regard“, nous souhaitons faire partager la promenade désenchantée de Jacques Gaillard, écrivain marseillais, qui a publié ce billet d’humeur, forcément à charge, dans les colonnes de Marianne, il y a une dizaine de jours. Beaucoup auront l’impression d’avoir fait la même balade… Ou comment faire du laid avec du très beau… Bonne lecture !

Marseille est la seule grande ville de France qui, en cinquante ans, ne s’est pas embellie. Loin de là. Elle vient de traverser trois ou quatre années de chantiers « marseillais », c’est-à-dire simultanés, désordonnés, inexplicablement stagnants pendant des mois, jamais vraiment finis. Un bouleversement dont les Marseillais sortent épuisés et abasourdis par l’absurdité du résultat (quant à la facture, elle est monstrueuse). La circulation, historiquement difficile, est rendue impossible par un plan de liquidation surréaliste: on ne peut plus ni circuler, ni s’arrêter. Touristes, jetez vos GPS, ça change tous les huit jours, sans compter les nouveaux trous du matin. Car les trams roulent, il y a même, devant la gare de la Blancarde, deux lignes (!) pour aller « en ville », les trottoirs sont repavés, mais ici manque l’herbe entre les rails, là des tuyaux de plastic rouge émergent de trous béants, et sur la Canebière, venant doubler les superbes réverbères historiques (aurait-on songé à les remplacer par ceux d’un styliste ami de la Mairie? cela se dit …), on voit des poteaux de bois plantés dans des bidons de béton. Bizarre.

La Canebière ? Les superbes immeubles Napoléon III restent minés, au ras du sol, par d’invraisemblables devantures commerciales, avec des enseignes hideuses et déglinguées, dignes d’une zone commerciale sinistrée. Cela ne date pas d’hier – le très bel immeuble dit « de la Vierge », en face de la Bourse et du problématique Musée de la mode, est salopé depuis des lustres par l’agence d’Air France. On ne compte plus, du quai des Belges aux Réformés, les volets moisis, fermés sur des immeubles mystérieusement inoccupés, et dont on ne sait quelle spéculation ils attendent. Plus haut, l’avenue de la Libération, l’avenue des Chartreux, historiquement bordéliques, donnent l’impression de n’être jamais balayées. Le boulevard Chave et l’avenue Foch ont été bouffés par le tram, comme, plus bas, la rue de Rome attend d’être dévorée par quatre rails qui laisseront 80 centimètres de trottoir (pour l’heure, ils s’arrêtent net dans le bitume). Entre les deux, l’axe cours Lieutaud – boulevard Garibaldi – boulevard Dugommier – boulevard d’Athènes continue à exhiber des façades noires de crasse traversées par des paquets de câbles électriques et des trottoirs jonchés de détritus, envahis par des motos à vendre et des marchandises en attente de déballage qui ont l’air d’être tombées du dernier camion arrêté en double file sur la chaussée défoncée.

Sait-on ici ce que ravalement veut dire ? Imagine-t-on ce que pourraient apporter des trottoirs propres avec quelques terrasses de cafés accueillantes (Simone de Beauvoir venait, avant-guerre, boire son bock à la Taverne Charley, en face du Lycée Thiers, aujourd’hui disparue, et vantait son charme…) ?
La gare Saint-Charles, classée inaccessible à certaines heures, va, paraît-il, sortir d’une interminable réfection (je pense l’avoir toujours vue cernée de palissades et de gravats depuis au moins dix ans), mais sans doute continuera-t-on en masse à aller prendre le TGV à Aix-TGV, en pleine nature, où il y a un vrai grand parking à deux pas des rails, élémentaire détail qui fait défaut en haut du fameux escalier monumental.

Le cours Julien, type même du projet raté, dont on voulut croire qu’il deviendrait un lieu « branché » grâce à quelques bacs à sable souillés par les chiens, une fontaine vite dégradée (l’eau du bassin n’a pas de présence quotidienne assurée) et trois boutiques de mode, ne sert plus guère qu’à recouvrir, au sein d’un embouteillage permanent, un parking souterrain dont les escaliers font fonction d’urinoir et de poubelle à seringues. Dommage, on fait là de la bonne musique, une association se démène, mais faut-il se pincer les narines pour aller au centre culturel, et rentrer avant la nuit tombée tant le coin est craignos? Sans jouer les délicats, il faut oser le dire: au cours Julien, il y a du talent à revendre, et l’échec pathétique d’une municipalité à entretenir son propre investissement. Encore plus bas, la rue Saint-Ferréol mène impunément de la Préfecture aux dealers de la Canebière, voire au fameux centre Bourse dont les « barres Labourdette » imposent depuis cinquante ans leur laideur récemment labélisée par on ne sait quel conclave d’architectes (sans doute bruxellois). Et du célèbre Vieux-Port, l’eau n’est presque plus visible - c’est un lucratif garage à voiliers statiques, que l’on peut longuement contempler en toussant, puisque sur ses rives, les pots d’échappement diffusent généreusement leurs gaz : venir là en auto ou en bus réclame beaucoup de patience, s’en sortir, plus encore. Seule issue : prendre les choses de haut, monter à Notre-Dame de la Garde. Vue de là, Marseille est superbe. On en mangerait.

D’en bas, c’est autre chose. Le soleil, un style de vie dont on exagère la nonchalance (Marseille est à la fois très souriante et très agressive), une certaine naïveté sympathique symbolisée par le culte de l’OM ne font pas oublier que cette ville est plutôt difficile à vivre. Elle se réfugie dans ses quartiers, ses « villages » aux noms de paroisses, dans quelques bastions bourgeois ou populaires. Mais le drame, c’est que Marseille est une ville qui, depuis trente ans, n’a plus de centre ville. L’ancien s’est irrémédiablement dégradé. On n’a rien fait pour en refaire un. Plus un ciné sur la Canebière, les beaux cafés ont disparu, pas un restaurant sur huit cents mètres d’avenue, à dix heures du soir, tout ce que la deuxième ville de France offre dans son « centre », ce sont des snacks et du shit. Avec quelques flics promenant un berger allemand, sans déranger le business.

Mais que fait la Mairie ? Hélas, à Marseille, la laideur est municipale. Par tradition, pour ne pas dire par culture. Gaudin ne fait que succéder à Defferre, lequel avait trouvé est salopé, à coup de parkings surélevés et de bétonnages verticaux, une ville déjà bien abîmée par ses prédécesseurs. L’architecture urbaine est ici, de maire en maire, au service de régies bizarres et de réseaux compliqués. Les services municipaux obéissent à des principes de gestion inqualifiables. Pas d’autres normes, pas d’autres règlementations que celles qui avantagent de « grandes vues » municipales. Dernier coup de main dont on cause dans les bars, à l’heure du fly : la réhabilitation de la rue de la République, large artère débouchant à l’angle du Vieux-Port, aux superbes immeubles « nettoyés », avec la bénédiction d’une municipalité qu’on dit très… investie dans le projet, par des ventes à la découpe qui ont défrayé la chronique, et dont les prestigieux cinq pièces sont aujourd’hui plus ou moins bradés - quel bon bourgeois friqué veut habiter à prix d’or cette rue d’un centre absent, à vingt minutes d’une boulangerie ou d’un pressing?

Et Marseille se ridiculise à vouloir se hausser le col et se porter candidate à ceci ou cela, aux dernières nouvelles, les Jeux olympiques! Ô Gaudin, t’arrêtes de bouffonner? T’as fumé quoi? On vous parlera de renaissance culturelle, de création chorégraphique ou musicale, de qualité de la vie, mais cela peut-il se faire dans la laideur? D’abord, retrouver la beauté massacrée et reconstruire un peu d’harmonie architecturale. Visiter Lyon, Nantes, Bordeaux, Paris, Strasbourg. Apprendre le bon goût et ses principes. Refaire la Canebière, nettoyer les avenues, revoir le plan de circulation.
Car cette ville est aimable, et je l’aime : j’y suis né.


5.12.07

Qu'est ce qu'on fait en décembre...






Conférence] Mercredi 5 décembre
Gated Community >>> L'intérêt des chercheurs en sciences sociales pour les gated communities va croissant : l'enfermement volontaire d'une partie de la population urbaine remet en effet en question le sens que l'on donne habituellement à l'urbanité et aux fonctions de la ville. La géographie s'enrichit ainsi régulièrement de nouveaux travaux sur ces questions qui connaissent un renouvellement en profondeur. Conférence de Stéphane Dégoutin, auteur du livre "Prisonniers volontaires du rêve américain" dans le cadre de l'exposition Voisins-Voisines
Lieu : [13006] Maison de l'Architecture et de la Ville PACA - 12, Bd Théodore Thurner - 13006 Marseille
Renseignement : 04 96 12 24 05
Horaires : 19h
Conditions accès : Entrée libre
Organisation : Maison de l'Architecture et de la Ville PACA - 12, Bd Théodore Thurner - 13006 Marseille
Téléphone : 04 96 12 24 05

[Conférence] Jeudi 6 décembre
Architecture et plaisirs >>> conférence de Aldric Bechmann et Françoise N'Thepe
Lieu : [13008] [mac] musée d'art contemporain - 69 av. d'Haîfa - 13008 Marseille
Renseignement :
Horaires : 20h
Conditions accès :
Organisation : ENSA-Marseille (Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Marseille) - 184 Av. de Luminy - Case 924 - 13288 Marseille cedex 924
Téléphone : 04 91 82 71 04

[Divers] Jeudi 13 décembre
Projection de films sur la maison >>> Dans le cadre de l'exposition Voisins-Voisines, la Maison de l'Architecture et de la Ville accueille Images de Ville (date sous réserve, nous contacter)
Lieu : [13006] Maison de l'Architecture et de la Ville PACA - 12, Bd Théodore Thurner - 13006 Marseille
Renseignement : 04 96 12 24 05
Horaires : 19h
Conditions accès : Entrée libre
Organisation : Maison de l'Architecture et de la Ville PACA - 12, Bd Théodore Thurner - 13006 Marseille
Téléphone : 04 96 12 24 05

[Exposition] Jusqu'au 12 janvier 2008
Voisins-voisines >>> L'exposition voisins - voisines, nouvelles formes d'habitat individuel en France présente huit opérations qui sont autant d'alternatives au lotissement traditionnel et présentent toutes une forte «valeur architecturale ajoutée». Situées à Bétheny (Reims), Bordeaux et Floirac, Lille et Tourcoing, Mulhouse, Rezé, Saint-Nazaire, ces opérations, initiées il y a moins de cinq ans dans des contextes urbains et sociaux extrêmement différents, démontrent qu'il est possible d'inventer de nouvelles formes d'habitat - création architecturale contemporaine, à l'écoute de la ville - , et qu'elles rencontrent en outre un indéniable succès auprès des acquéreurs ou des locataires. Par leur diversité, elles confirment que le champ de l'innovation est aujourd'hui ouvert sur bien des possibles, et ancrent ces projets dans la mouvance générale de l'architecture internationale la plus novatrice. Exposition accueillie en partenariat avec l'AGAM.
Lieu : [13006] Maison de l'Architecture et de la Ville PACA - 12, Bd Théodore Thurner - 13006 Marseille
Renseignement : 04 96 12 24 05
Horaires : Lundi - Vendredi 9h-12h et 14h-18h
Conditions accès : Entrée libre
Organisation : Maison de l'Architecture et de la Ville PACA - 12, Bd Théodore Thurner - 13006 Marseille
Téléphone : 04 96 12 24 05



La Shon s'oppose à la construction durable

HORIZONS POINT DE VUE
N° 5423 du 02/11/2007 - page 490 , 726 mots

La Shon - surface hors œuvre nette des locaux, y compris l'épaisseur des murs - sert de base, depuis trente ans, au calcul des densités autorisées sur un terrain donné, le coefficient d'occupation des sols (le COS des plans d'urbanisme) étant le rapport entre la Shon et la surface du terrain. Elle sert de base au calcul de la charge foncière (le prix du terrain), des taxes locales, du nombre de places de stationnement à réaliser. L'intérêt du maître d'ouvrage, promoteur ou simple pétitionnaire consiste donc à réaliser le moins de Shon possible pour le plus de Shab (surface habitable) ou de SU (surface utile), car il paie la première et vend la seconde. Le rapport Shab ou SU sur Shon est devenu la contrainte principale imposée aux concepteurs. Si cette contrainte est lourde pour l'architecture, elle n'a pas de sens pour l'économie de la construction, à l'inverse du rapport Shab - Shob (surface hors œuvre brute).
La Shon est un monstre bureaucratique dont les effets pervers vont à l'encontre de tous les idéaux actuels en matière d'architecture, d'urbanisme et de développement durable. L'idéologie qui la sous-tend vise à éviter la densification des tissus urbains. Or, cette densification s'avère de nos jours une nécessité pour l'amélioration des logements comme pour la lutte contre l'étalement urbain.
Une valeur très variable. Obscur et illisible dans la réalité, le calcul de la Shon intègre, par exemple, les loggias, mais pas les balcons ; les celliers, mais pas les caves ; les locaux techniques en étages courants, mais pas en sous-sol ou en terrasse, etc. Au gré des politiques de l'Etat, 5 m2 sont retranchés par logement quelle que soit leur taille pour l'adaptation des locaux aux handicapés ou 5 %, voire 20 %, pour l'isolation thermique des logements hautement performants du point de vue énergétique (mais pas des bureaux).
La Shon a sans doute interdit, en France, le développement des doubles murs en façade, solution traditionnelle dans toute l'Europe du Nord qui assure la pérennité des façades et la suppression des ponts thermiques. Elle pénalise l'usage des matériaux naturels épais comme la terre ou la pierre. Elle s'oppose en pratique aux solutions d'isolation performantes et de récupération de chaleur comme les sur-isolations par l'extérieur avec bardage, les doubles peaux vitrées larges, les serres froides ou chaudes, les loggias fermées, les atriums. Elle renchérit le coût des espaces de distribution et celui des locaux de déchets dont le tri sélectif augmente l'importance. Elle va à l'encontre de la ventilation naturelle qui nécessite de larges gaines. Le recours à la Shon comme surface de référence se retrouve même dans le calcul réglementaire thermique : celui-ci s'opère sur la base d'un ratio de consommation conventionnelle ramenée à la Shon, alors que c'est une valeur très variable.
Pour définir le montant de la charge foncière, l'usage de la Shon aggrave la hausse du coût du foncier. A titre d'exemple, dans une ZAC parisienne où la charge foncière affectée à un mètre carré de Shon est le double du prix de la construction du mètre carré utile, la réalisation d'une double façade augmentant la Shon de 7,5 % entraîne un surcoût global de 5 %, sans compter le surcoût de la construction. De nombreux PLU (plan local d'urbanisme) ne font plus référence à la Shon, et certains aménageurs comme Territoires à Rennes vendent la charge foncière en fonction des mètres carrés habitables. La précision des plans de permis de construire rend d'ailleurs la vérification de la surface habitable plus facile que celle de la Shon.
On peut espérer que le Grenelle de l'Environnement convoqué par le ministre en charge de l'Urbanisme et de la Construction conduise à quelques réformes administratives. En voici une qui ne coûte rien et que tous les acteurs de la construction appellent de leurs vœux : la suppression de la Shon et son remplacement, quand c'est nécessaire, par la surface utile (la « surface louable ») des locaux de travail et par la surface habitable « chauffée » bien définie par la loi Carrez. Ces valeurs beaucoup plus pertinentes trouvent leur vérité dans la constance des dimensions de l'homme et de ses habitudes de vie sociale. Et pourquoi pas, à l'instar de certains pays voisins, passer au volume habitable, socialement plus équitable, et énergétiquement plus exact ?

Christian Devillers et Philippe Madec, architectes